Fiscalité au Portugal pour les retraités français — Guide complet 2025
La fiscalité est souvent le premier argument avancé pour justifier un départ au Portugal. Et avec raison — les avantages fiscaux que ce pays a su construire pour attirer les retraités étrangers sont réels, légaux et significatifs. Mais le paysage a évolué depuis 2024, et ce qui était vrai hier n'est plus entièrement vrai aujourd'hui.
Ce guide a été conçu pour vous donner une vision complète et honnête de la situation fiscale d'un retraité français installé au Portugal en 2025 : les régimes qui existaient, ce qui a changé, ce qui s'applique à vous aujourd'hui selon votre situation, et les démarches concrètes à effectuer.
- La convention fiscale franco-portugaise — le socle de tout
- Le régime NHR — ce qu'il était, qui en bénéficie encore
- Ce qui s'applique aux nouveaux arrivants en 2025
- L'imposition de vos différents revenus au Portugal
- Exemple chiffré concret
- Les autres impôts à connaître
- Les démarches pour changer de résidence fiscale
- Les pièges à éviter absolument
La convention fiscale franco-portugaise — le socle de tout
Avant de parler de régimes fiscaux avantageux, il faut comprendre le cadre général dans lequel tout s'inscrit. La France et le Portugal ont signé une convention fiscale bilatérale dont l'objectif est d'éviter la double imposition : que le même revenu soit taxé deux fois, dans les deux pays.
Cette convention définit quel pays a le droit de taxer quel type de revenu. Et pour un retraité français installé au Portugal, les règles ne sont pas les mêmes selon la nature de votre pension.
Le principe de résidence fiscale
Dès lors que vous résidez plus de 183 jours par an au Portugal — ou que vous y avez votre "foyer d'habitation permanent" — vous devenez résident fiscal portugais. Vous cessez d'être résident fiscal français. C'est ce changement de résidence qui ouvre la porte aux avantages fiscaux portugais.
Quelle pension est taxée où ?
C'est là que beaucoup de retraités sont surpris. La convention fiscale franco-portugaise distingue deux grandes catégories de pensions, avec des règles d'imposition très différentes.
| Type de pension | Exemples | Pays d'imposition |
|---|---|---|
| Pensions du secteur public | Fonctionnaires d'État, militaires, enseignants titulaires, collectivités territoriales | France uniquement |
| Pensions du secteur privé | Sécurité sociale (CNAV), retraites complémentaires AGIRC-ARRCO | Portugal (résidence) |
| Pensions mixtes | Fonctionnaire reconverti dans le privé, ou l'inverse | Prorata selon la nature de chaque partie |
| Revenus du patrimoine (loyers, dividendes) | Revenus fonciers en France, dividendes, intérêts | Règles spécifiques selon le type |
Le régime NHR — ce qu'il était, qui en bénéficie encore
Pendant plus de quinze ans, le régime NHR (Nouveau Régime des Résidents Non Habituels) a été la raison fiscale numéro un de partir au Portugal à la retraite. Il est important de comprendre ce qu'il était — et pourquoi il ne s'applique plus aux nouveaux arrivants depuis 2024.
Créé en 2009, le régime NHR permettait aux étrangers qui s'installaient au Portugal — à condition de ne pas y avoir été résidents fiscaux dans les cinq années précédentes — de bénéficier pendant dix ans d'une fiscalité très avantageuse sur leurs revenus de source étrangère.
Pour les retraités français dont la pension relevait du secteur privé, l'avantage était considérable : les pensions étrangères pouvaient être imposées à un taux forfaitaire de 10% (après une réforme de 2020 qui avait mis fin à l'exonération totale initiale).
Qui en bénéficie encore en 2025 ? Tous les retraités qui ont obtenu leur statut NHR avant le 31 décembre 2023 continuent d'en bénéficier jusqu'à l'expiration de leur période de dix ans. Si vous avez obtenu le NHR en 2020, vous êtes protégé jusqu'en 2030.
Le gouvernement portugais a mis fin au régime NHR pour les nouvelles demandes à compter du 1er janvier 2024. Les personnes qui n'étaient pas encore résidentes fiscales au Portugal à cette date ne peuvent plus accéder au NHR.
Une période de transition a permis aux personnes ayant un contrat de travail signé avant le 31 décembre 2023, ou ayant déjà initié leur démarche, de déposer une demande jusqu'au 31 mars 2024.
Si vous envisagez de vous installer au Portugal en 2025, vous ne pouvez plus accéder au régime NHR.
Ce qui s'applique aux nouveaux arrivants en 2025
La fin du NHR a créé une légitime inquiétude chez de nombreux retraités français qui planifiaient leur départ pour 2024 ou 2025. La question est légitime : le Portugal reste-t-il intéressant fiscalement sans le NHR ?
La réponse est : oui, pour beaucoup de profils — mais de façon moins spectaculaire qu'avant.
Le régime général portugais de l'IRS
Sans le NHR, les retraités français installés au Portugal sont soumis au régime général de l'impôt sur le revenu portugais, appelé IRS (Imposto sobre o Rendimento das Pessoas Singulares). Ce système est progressif, avec des tranches qui s'appliquent à l'ensemble des revenus du foyer.
| Tranche de revenus annuels | Taux IRS 2025 |
|---|---|
| Jusqu'à 7 703 € | 13,25 % |
| De 7 703 € à 11 623 € | 18 % |
| De 11 623 € à 16 472 € | 23 % |
| De 16 472 € à 21 321 € | 26 % |
| De 21 321 € à 27 146 € | 32,75 % |
| De 27 146 € à 39 791 € | 37 % |
| De 39 791 € à 51 997 € | 43,5 % |
| Au-delà de 51 997 € | 48 % |
Le régime IFICI — un successeur très ciblé
Pour remplacer le NHR, le Portugal a créé en 2024 l'IFICI (Incentivo Fiscal à Investigação Científica e Inovação). Ce nouveau régime offre un taux forfaitaire de 20 % sur certains revenus — mais il est réservé aux chercheurs, enseignants, scientifiques, et professionnels hautement qualifiés dans des secteurs stratégiques.
Pour la grande majorité des retraités français, l'IFICI n'est pas accessible. Il ne constitue pas un équivalent du NHR pour les retraités.
L'imposition de vos différents revenus au Portugal
La fiscalité d'un retraité expatrié ne se résume pas à sa pension. Voici comment sont traités les principaux types de revenus que vous pourriez percevoir en tant que résident fiscal portugais.
Vos pensions de retraite du secteur privé
Si vous avez travaillé dans le secteur privé, votre pension de base (CNAV) et vos retraites complémentaires (AGIRC-ARRCO) sont imposables au Portugal selon le barème IRS en vigueur. La convention franco-portugaise attribue en effet le droit d'imposition de ces pensions au pays de résidence.
Bonne nouvelle : vous cessez d'être imposé en France sur ces revenus dès lors que vous êtes reconnu résident fiscal portugais. Votre taux d'imposition effectif dépendra du montant total de votre pension et de votre situation familiale.
Vos pensions du secteur public
Si vous êtes ancien fonctionnaire d'État (enseignant, militaire, policier, agent d'une administration centrale…), votre pension principale reste imposée en France, même si vous vivez au Portugal. Le Portugal ne peut pas la taxer. En revanche, elle est prise en compte pour calculer votre taux d'imposition sur vos autres revenus au Portugal — c'est ce qu'on appelle le mécanisme du "taux effectif".
Vos revenus fonciers en France
Si vous avez conservé un bien immobilier en France que vous louez, ces revenus fonciers sont imposables en France selon les règles françaises habituelles. Ils peuvent toutefois être pris en compte par le Portugal pour déterminer votre taux d'imposition sur vos autres revenus, selon les dispositions de la convention.
Vos revenus de capitaux mobiliers
Dividendes, intérêts, assurance-vie — le traitement fiscal dépend de la nature du placement et de sa localisation. En règle générale, les revenus de source française peuvent faire l'objet d'une retenue à la source en France, imputable sur l'impôt dû au Portugal pour éviter la double imposition.
Vos plus-values immobilières
Si vous vendez un bien immobilier situé en France, la plus-value est imposable en France selon les règles françaises. En revanche, si vous vendez un bien situé au Portugal, la plus-value est imposée au Portugal, avec un abattement progressif selon la durée de détention.
Exemple chiffré concret
Prenons le cas de Marie, 64 ans, ancienne salariée du secteur privé, retraitée depuis 2023, qui s'installe au Portugal en 2025.
Prenons maintenant le cas de Pierre, ancien fonctionnaire d'État, qui part lui aussi au Portugal en 2025.
Les autres impôts à connaître
L'IRS n'est pas le seul impôt auquel vous serez soumis au Portugal. Voici les autres prélèvements à intégrer dans votre calcul.
L'IMI — taxe foncière portugaise
L'Imposto Municipal sobre Imóveis (IMI) est l'équivalent de la taxe foncière française. Son taux varie selon les communes, entre 0,3% et 0,45% de la valeur patrimoniale du bien. Pour une résidence principale d'une valeur cadastrale de 150 000 €, l'IMI annuelle sera de l'ordre de 450 à 675 € — soit souvent bien moins que la taxe foncière équivalente en France.
L'AIMI — surtaxe sur les grandes fortunes immobilières
Un impôt complémentaire s'applique aux patrimoines immobiliers portugais dépassant 600 000 € pour un célibataire ou 1,2 million pour un couple. Il est peu susceptible de concerner la majorité des retraités français.
Les droits de succession
Le Portugal a une spécificité très favorable : il n'existe pas de droits de succession entre époux et entre parents et enfants. Les héritiers en ligne directe sont exonérés. C'est un avantage considérable pour la transmission de patrimoine, notamment pour des biens acquis au Portugal.
Les démarches pour changer de résidence fiscale
Devenir résident fiscal portugais n'est pas un acte automatique. C'est un processus qui demande des démarches dans les deux pays, dans un ordre précis.
Documents à préparer
Les pièges à éviter absolument
Quelques erreurs fiscales reviennent régulièrement chez les retraités français qui s'installent au Portugal. Les voici, clairement identifiées pour que vous puissiez les éviter.
Piège n°1 — Croire qu'on n'a rien à faire côté français
Certains retraités pensent qu'il suffit de partir pour ne plus avoir d'obligations fiscales en France. C'est faux. Vous restez imposable en France sur vos pensions de fonctionnaire, vos revenus fonciers français, et vous devez effectuer une déclaration de départ l'année suivant votre expatriation. Ne pas le faire expose à des redressements fiscaux.
Piège n°2 — Conserver sa résidence principale en France
Si vous gardez un logement en France à votre disposition (même un appartement familial), le fisc français peut considérer que vous n'avez pas véritablement transféré votre résidence fiscale. La résidence fiscale au Portugal exige que le Portugal soit votre lieu de vie principal et habituel — pas juste une adresse sur un document.
Piège n°3 — Se baser sur des informations datées
Le régime NHR a été modifié en 2020, puis supprimé pour les nouveaux entrants en 2024. Des retraités continuent de faire des projections basées sur l'ancien régime, ou sur des articles publiés avant ces évolutions. Toujours vérifier la date des sources que vous consultez — et les croiser avec un expert à jour.
Piège n°4 — Oublier les prélèvements sociaux
Même en tant que résident fiscal portugais, certains revenus de source française peuvent rester soumis aux prélèvements sociaux français (CSG, CRDS) — notamment les revenus du patrimoine. L'application de ces prélèvements aux non-résidents est un sujet complexe, régulièrement contesté, qui mérite une attention particulière.
Piège n°5 — Ne pas se faire accompagner
La situation fiscale d'un retraité expatrié franco-portugais est complexe. Elle mêle deux systèmes fiscaux, une convention bilatérale, des régimes spéciaux, et des règles qui évoluent régulièrement. Tenter de la gérer seul, sans l'aide d'un fiscaliste spécialisé en expatriation, est la meilleure façon de commettre des erreurs coûteuses.
En résumé
Le Portugal reste, en 2025, une destination fiscalement intéressante pour les retraités français — même sans le NHR. Pour les salariés du secteur privé avec des pensions modestes à moyennes, le barème IRS portugais est souvent plus doux que le barème français, et l'absence de droits de succession entre parents et enfants constitue un avantage patrimonial réel et durable.
Mais les avantages ne sont plus aussi automatiques ni aussi spectaculaires qu'ils l'étaient. La préparation, l'accompagnement professionnel et la compréhension précise de votre situation personnelle sont devenus indispensables pour tirer pleinement parti de ce que le Portugal peut offrir.